Souvenirs de jeunesse (Années 90 … et bien avant)

Les temps ont-ils bien changés, à vous de me dire !!!
Cela se passait au siècle dernier et donc avant l’arrivé du troisième millénaire …

Coordination étudiante : Organe central chargé de promouvoir, d’organiser et propager les mouvements revendicatifs au sein de la communauté étudiante. La coordination est composée d’éléments extérieurs, ceux qui viennent de quitter la Fac pour convenance personnelle et dont on n’a pas encore repéré la présence incongrue, mais également d’éléments incontrôlés, ce qui les rend prioritaires. (Le candidat ne doit en aucun cas être récupérable par le camp adverse). On notera au passage que les membres de la dite « coordination  » sont, ipso facto, inscrit sur les rôles de la ligue communiste. Pour obtenir sa carte, il suffit de déposer une demande auprès du service concerné (prévoir une bonne quinzaine).
La coordination se manifeste surtout dans les grandes occasions, qui, il faut bien l’avouer, sont assez fréquentes. Mais les lieux s’y prêtent si bien et il n’est jamais bon de rester inactif. Alors elle est là pour mettre un peu d’animation dans les amphis quand les étudiants commencent à bâiller d’ennui et que les corneilles sont déjà endormies. C’est donc sur un terrain favorable que la coordination va engager les hostilités face à des universitaires désavoués (mais qui se rallieront à la cause par la suite) Des mots d’ordre dépassants largement la pensée du simple étudiant seront lancés. On verra des commandos partir incognito et masqués, faire des affichages sauvages sur les horaires des bus ou les panneaux de sens interdits en évitant les panneaux de chez Auchan qui sont placés bien trop haut pour être accessibles aux colleurs et aux lecteurs habituels.
Pour parfaire l’information auprès des utilisateurs, une distribution de tracts est réalisée par les 1ère Années, les Dernières Années veillant au bon déroulement des opérations. Après plusieurs AG, où les meneurs auront pris soin de dire tout le bien qu’ils pensent de l’opposition, la coordination étudiante va s’engager dans un programme d’activités très diversifiées. La plupart du temps celles-ci seront ouvertes à tous les publics afin de ne pas faire des mécontents. On pourra notamment participer à des circuits pédestres qui faciliteront la connaissance des axes principaux et de certaines administrations. Mais les éléments les plus sportifs pourront s’exercer au lancement du poids et à la course à pieds. Les meilleurs techniciens auront même la possibilité de faire du saut d’obstacle. Dans les temps anciens, le lancement du poids était réalisé avec des pavés mais avec la montée en charge du macadam ça devient de plus en plus difficile à trouver. Alors on a remplacé les pavés par des bouteilles à cocktails, objet beaucoup plus actuel. Quant à la course, elle est restée égale à elle-même si ce n’est la présence de chaussures beaucoup plus performantes. Afin d’intéresser la partie, on opposera les participants à une équipe adverse. Celle-ci est facilement reconnaissable puisqu’elle porte un uniforme. La compétition est difficile et les arbitres (qui eux sont en civil) sont là pour retirer du jeu les perdants. Ces derniers seront isolés dans un panier à salade pour éviter la triche. Parfois des sorties seront organisées sur l’autoroute, mais seulement aux péages, afin de limiter les problèmes de déplacements d’effectifs toujours difficiles à gérer. A l’occasion de leurs sorties, les étudiants aiment se promener sous des banderoles qu’ils auront pris soin de confectionner au préalable dans les ateliers réquisitionnés pour la bonne cause et sous l’égide de la coordination. Ces banderoles leur éviteront de sombrer dans l’anonymat. Après cette journée épique qui au passage marquera l’histoire, ou tout du moins la presse quotidienne et sera le signal de départ d’une série haute en couleur (surtout si vous disposez du 16/9ème) et dont le point d’orgue se situera exactement au 7ème jour (statistiquement parlant et en tenant compte des variations saisonnières).
Après cette première journée, donc, la coordination toujours à l’écoute de ses adhérents, lancera l’opération « jeu en plein air ».
Noctambule en diable, notre étudiant se verra proposer, compte tenu de l’heure tardive, une soirée entièrement gratuite, autour du feu alimenté par des matériaux naturellement trouvé en ville. Ce qui aura le triple avantage de:
– débarrasser la rue des choses qui y traînent
– faire un peu de lumière
– et enfin d’apporter cette chaleur dont les étudiants ont tant besoin.
Pour faire participer ce public enthousiaste, on lui fera chanter des œuvres impérissables en hommage vibrant au gouvernement en place et spécialement affrété pour la circonstance, accompagné dans cette irrésistible mélopée au son d’une flûte à bec et d’une guitare sèche mais qui au tréfonds de son âme aura subi bon nombre d’intempéries! Durant les 7 jours qui précéderont le point d’orgue cité plus haut, les participants pourront s’engager dans des parties de bras de fer. Les plus accrochés pourront s’essayer aux occupations de locaux qui conduisent tout naturellement au jeu de l’invité surprise. La règle en est très simple : Il suffit de convaincre un individu de rester le plus longtemps possible en compagnie d’étudiants bourrés de mauvaises intentions. Pour que l’équipe marque un point, car il s’agit d’un jeu d’équipe, deux conditions seront nécessaires:
– l’individu doit être étranger au monde étudiant
– l’individu doit être responsable.
L’idéal étant de choisir un membre du gouvernement, mais un député peut très bien faire l’affaire. Et même un député de l’opposition, car sous l’apparence d’une erreur tactique ce choix peut au travers du jeu de la solidarité, déboucher sur une vraie bonne solution. Si l’on ne dispose pas d’un député à se mettre sous la main, on peut jeter son dévolu sur un médiateur, et en dernier recourt on peut se rabattre sur un chargé de mission. Mais c’est seulement si on ne peut pas faire autrement. A coté de tout ce déploiement d’énergie, chacun rivalisera d’ingéniosité. Des trésors d’imaginations seront ainsi étalés devant le grand public

– parties de foot sur un terrain improvisé
– jeu du bris de glaces ( ce qui coupera court à toutes les réflexions sur le manque d’entretien de vos vitres).
– jeu du déversé d’ordures, une variante du jeu de celui qui pisse le plus loin.
– sans oublier cette nouvelle pratique totalement désintéressée, qui permet par le jeu des bonnes actions de récolter des fonds au profit de Monsieur le ministre afin de lui assurer une retraite anticipée.
Il ne faut pas écarter la possibilité des tentatives de rencontres auprès des services concernés, mais dans la mesure ou la coordination aura trouvé le bon créneau et après avoir obtenu l’aval de sa base et l’accord de principe de chacun des membres de la dite coordination. Cette rencontre qui devra de toute façon se situer au plus tard le 7ème jour, pourra se solder par un échec. Car, faute d’avoir jalonné la conversation d’indications permettant d’orienter les débats, la rencontre aboutira dans une impasse.

Ça pique …?

 


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Le Trou de la Sécu

Il parait que ce trou est en voie d’extinction. Et j’avais soudain cette désobligeante idée de penser que ce serait du au réchauffement de la planète et par effet de ricochet sur le cerveau de nos dirigeants. Alors, avant que cette dix-huitième merveille du monde ne disparaisse voici une petite présentation du sujet rédigé il y a une vingtaine d’année.

C’est après padirac, le trou le plus célèbre connu au sein de l’hexagone. Depuis des décennies, on cherche à le combler. Le comble c’est d’ailleurs d’avoir dénoncé le harcèlement dont était victime le corps médical qui se voyait contraint de prescrire des médicaments exigés par le malade. Ayant réussi à prendre le dessus, le médecin se venge en pratiquant le dépassement d’honoraires et plus sournoisement en administrant des préparations non remboursées par la Sécu. Malgré ce renversement de tendance, le trou est toujours là. Pourquoi n’a-t-on pas encore songé à le faire visiter?

On pourrait organiser des visites guidées par les agents de la Sécu avec plusieurs tarifs :

– Un tarif conventionnel délivré sous ordonnance,
– Un tarif à la carte, avec possibilité de dépassement, si on est vraiment content,
– Et bien évidement, demi-tarif pour les ayants droit et les familles nombreuses.

Alors maintenant rêvons un peu de lieux inexploré. Imaginons un instant pénétrant dans la grotte des dépassements d’honoraires, pour longer la faille des ordonnances de complaisances. Ensuite, on pourrait faire un crochet par le Puy des retraites de misère pour s’engager dans le tunnel sans fin des allocations de bons pères de famille. Après une halte au café du tiers payant, il sera grand temps de s’engager dans l’abysse des journées hospitalières en soins intensifs.

Après cette épuisante, mais oh! combien enrichissante visite, on pourra faire un peu de shopping à la boutique souvenirs pour dénicher:

– Le casque de Sécu pour voyager en toute sécurité au bord du gouffre,
– Une feuille de soins « consultation gratuite » n’ayant encore jamais servi,
– Une carte d’assuré social en fin de droit sous jaquette plastique,
– Un document de grande valeur relatant par le menu un projet avorté de réduction du déficit,
– Une reproduction fidèle du premier bilan de santé jamais réalisée en CinémaScope et son stéréo THX,
– Une lettre d’attente antidatée, relative, à une date de conception contraire à toute attente émanant du service concerné,
– Et pour finir, la lettre d’un assuré réclamant un trop perçu.

Ah! Quelle belle journée se serait. On pourrait même remettre ça pendant les prochains congés payés.

Ardoisières de Keriven à Caurel

 

Ardoisière juste en face du Barrage de Guerlédan


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